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Mues

Une proposition co-créée avec Amandine Orban de Xivry.
Amandine est conteuse, sa pratique mêle oralité et écriture. Nous nous sommes rencontrées il y a environ 5 ans. Depuis, nos parcours se croisent et se rejoignent autour de diverses propositions. Nous avons le désir commun de revisiter la forme « spectacle », de chercher d’autres manières de partager nos univers et d’aller à la rencontre des publics. Nous aimerions laisser nos pratiques se répondre, s’enrichir, s’éclairer en mêlant le corps et les mots, la danse et les contes. Nous avons besoin de nous engager dans un mouvement de changement face au désastre - écologique, social, culturel et politique - du monde d’aujourd’hui. Nous sommes toutes deux en prise avec des questions qui se soucient du devenir de nos sociétés et de la planète.

Mues s’inscrit dans une démarche particulière qui tente de créer des liens et une circulation cohérente entre nos choix de vie, les thématiques qui nous animent, les personnes et structures avec lesquelles nous collaborons, nos processus de création, de production et de diffusion. Cette démarche se propose d’imaginer, de créer et de mettre en place des écosystèmes respectueux, sensibles et responsables, qui permettent l’émergence de nouvelles manières de faire ensemble avec l’art comme matière première. Un art qui s’engage à rendre sensible, à chercher, observer, créer, inventer, d’autres manières d’être au monde et de porter attention à ce qui nous lie, tous, les vivants, les terrestres.

Je fais référence ici à la capacité de « faire ensemble », de se rendre sensible à des voix, des acteurs ou des phénomènes qui n’avaient pas de poids auparavant – qu’il s’agisse du climat, des migrants, du ver de terre, ou de ce que l’on regroupe derrière la question écologique. Bruno Latour


Un processus qui fait performance

Mues est une proposition artistique mêlant danse et conte.
Mues désire faire entrer l’art dans différents lieux, aller à la rencontre de publics qui n’ont pas ou peu l’occasion de sortir, vivre un processus de création collectif, répondre à un contexte particulier et à un territoire précis. Cette proposition sera testée durant l’année scolaire 2021-2022 dans une école de la Commune de Hotton. Nous aimerions la proposer à d’autres lieux : home, centre pour réfugiés, prison, ...
Mues se veut une forme pensée en partenariat avec les divers intervenants (équipe d’un centre culturel, équipe travaillant dans la structure, personnes vivant ou étant en activité dans la structure, artistes). De manière à créer un écosystème singulier qui permettrait à la forme de répondre au fond (et inversement), aux partenaires de s’enrichir mutuellement, à chacun.e.s de s’investir avec ses connaissances et ses qualités, à sortir de la forme classique scène/public, à rendre visible la richesse d’un processus de création, à créer des liens, à faire ensemble, à se rendre sensible les un.e.s les autres.

Nous avons imaginé une forme en adéquation avec les questions soulevées par les thématiques développées ci-dessous. Cette forme désire mettre en lumière un processus de création partagé. Faire ensemble, se rendre créatifs les uns les autres, mettre en valeur le cheminement, ses détours et ses multiples richesses plutôt que l’œuvre finale.
Le processus devient la performance. Le spectacle mue et se fait processus.
Il s’agit donc d’un processus de création performatif et partagé qui puisse voyager, se réaliser sur un temps relativement court, s’adapter à divers contextes, se moduler, tourner, être vivant !

Les questions liées aux difficultés de mobilité vécues par certaines structures ou propres à certains publics nous semblent importantes à prendre en compte, de là l’idée de nous déplacer, d’investir des lieux et de tenter de les colorer de nos échanges avec les personnes qui y vivent.
L’idée est d’adapter nos processus de création aux réalités des espaces investis, de bricoler à partir des possibilités qu’offrent les lieux et de transformer les éventuelles difficultés en consignes créatives permettant de générer d’autres manières de faire.

Faire entrer l’art dans les lieux, partir à la rencontre de publics qui n’ont pas ou peu l’occasion de sortir, vivre un processus de création collectif, tout cela permet de transformer le rapport habituel et convenu entre artistes et publics, de modifier le statut des espaces (une classe devient un laboratoire, une chambre se transforme en scène, un réfectoire prend des allures de salle d’exposition, …), de nous rendre créatifs et vivants les uns, les autres.

Les thématiques

« Nature » ?

Un des enjeux des temps que nous vivons est la perte de notre lien avec la nature et la nécessité de le reconstruire. Mais déjà, écrivant ce mot « nature », nous nous rendons compte à quel point cet espace qu’il désigne est considéré par notre culture comme en dehors, extérieur à nous, comme un territoire inerte et passif. La disparition - déjà lointaine - de notre sentiment d’appartenance au « tout » du monde, à la Terre et à tous les vivants et non-vivants qui la constituent, a amené l’humain (une grande majorité des humains) à se désolidariser totalement de son milieu, à tel point qu’il n’a aucun mal à le détruire sans vergogne, n’ayant même plus conscience des conséquences de ses actes et le menant à sa propre perte.
« Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend » proclame un slogan activiste. Cette phrase illustre bien le glissement de point de vue que nous cherchons à activer. En effet, « être la nature qui se défend » c’est aller plus loin que la simple prise de conscience souvent un peu distante face au désastre : c’est incarner la fragilité actuelle du monde, c’est incorporer la responsabilité que nous avons face à la catastrophe environnementale, c’est prendre soin et prendre part, c’est insuffler du mouvement, c’est sortir de la sidération, c’est se transformer.

On n’habite jamais sans être habité ; on ne peuple pas un monde sans devenir soi-même un des fils de son tissage perpétué. Habiter un monde, habiter un temps-lieu : les traverser et y prendre part, dynamiquement, dans ce que Haraway nomme parfois une danse ou une chorégraphie ontologique ; y être et en être. Julien Pieron

« Vivants »

Nous avons une magnifique gamme de mots pour évoquer les relations entre humains mais assez peu pour mettre en lumière nos relations au vivant. L’idée de ce projet est de partir, avec joie et curiosité, à la découverte des multiples manières d’être vivant. De percevoir les milliers de connexions qui se tissent entre les êtres et créent des mondes, mouvants, qui s’organisent et se réorganisent sans cesse, qui s’adaptent et se transforment. Nous avons à quitter l’idée ancienne que la nature est un décor et à entrer dans la réalité d’un habitat commun. Un habitat dont on prend soin collectivement, qui nous importe et qui génère de nouveaux régimes d’attention.

« Se rendre sensible »

Se rendre sensible au vivant passe par l’expérience de se laisser affecter, d’oser goûter et être touché par ce qui nous entoure, par les agencements qui se présentent à nous, par l’inconnu, par la différence - cela s’apprend, cela se cultive, cela s’affine.
Cultiver notre perception, notre écoute, notre sensibilité. Tenter de nommer, d’aiguiser notre langage grâce à des mots chargés de la mémoire de l’expérience. Affiner nos perceptions et enrichir notre langage pour nous transformer et voir, sentir, penser, être, autrement.

« Nouveaux récits »

Le projet que nous désirons mettre en place ici participe à tous égards à de nouvelles manières de faire. Il ne s’agit pas de faire du nouveau pour être original mais d’essayer de faire autrement car la situation actuelle le demande. C’est en osant tester d’autres façons de faire que l’on crée de nouvelles histoires, des histoires qui nous changent et qui modifient notre culture. Nous traînons depuis des siècles de vieux récits empoussiérés, rigides, patriarcaux, briseurs de liens, séparatistes, hiérarchiques, ...et il est grand temps d’en imaginer d’autres.
Mais ce n’est pas évident de sortir d’une culture dans laquelle nous baignons depuis des siècles, de quitter ce que nous prenons pour des évidences et qui n’en sont pourtant pas, de s’extraire de l’aliénation provoquée par un système économique malsain. Comment faire pour voir autrement, tout autrement, tellement autrement qu’on ne peut même pas l’imaginer ? Comment faire pour créer de nouveaux agencements, d’autres régimes d’attention, d’autres œuvres, d’autres histoires, d'autres formes ? En essayant probablement, en tâtonnant, en doutant, en changeant de place et donc de point de vue, en observant d’autres vivants, en osant ne plus rien savoir, en osant imaginer, en se mettant ensemble, en cherchant, en jouant, en dansant, en racontant, …

Image : Katrien De Blauwer

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